Anatomie et physiologie élémentaires
se rapportant aux notions d'hygiène
indispensables à l'étude du corset.


Par Mlle C. Mossé
Sage-Femme en Chef de la Maternité de Paris.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Définition: Le corset est un appareil qui s'applique ue d'une façon â peu prés immédiate sur une partie du corps humain qui s'appelle le tronc.

Son rôle : C'est de soutenir et même de protéger certains organes qui occupent cette région.

Par les rapports intimes du corps et du corset, il nous apparaît indispensable que les personnes, destinées à la confection et â l'application du corset, aient des notions élémentaires mais précises de ces deux sciences qui s'apllent l'anatomie et la physiologie du corps humain, afin qu'elles soient préparées à envisager leur art â un point de vue hygiénique : elles sauront ainsi concilier les exigences de la mode avec celles de la santé.

Lorsque la corsetière prend des mesures ou fait un essayage, le tronc du sujet lui sert de mannequin, mais il faut qu'elle, sache, avant tout, que le corps humain et le mannequin se différencient par deux faits :

1er Fait Le corps est composé de tissus vivants et ces tissus sont de deux sortes :

A) Les tissus durs (os), irréductibles dans, certaines régions : le bassin ; réductibles dans d'autres, régions : les côtes flottantes et même le thorax.

B) Les tissus mous : peau, muscles et organes, compressibles et, par conséquent, trop facilement susceptibles d'être lésés.

2e Fait : Sous les formes et dans ces tissus modifiables à la pression s'accomplit une série d'actions qui nous. font vivre (vie végétative).: digestion, respiration, circulation, etc.

Ces différents actes entretiennent non seulement notre bon état de santé mais président aux fonctions principales de notre organisme : fonctions de nutrition, de relation et de reproduction. Il faut donc qu'ils s'exécutent avec une précision comparable à celle d'une pendule dont la fragilité mérite la même comparaison.

Voilà les points essentiels que la corsetière ne doit pas ignorer quand une cliente vient la trouver, car un des trois cas suivants peut se présenter:

1er Cas : Il s'agit d'une femme normale, demandant au corset d'être un appareil sustenteur de ses organes et, de ses vêtements, mais possédant suffisamment de notions d'hygiène pour savoir ce qu'elle peut attendre d'un corset bien construit.

2e Cas : C'est une femme coquette, qui vous demandera un corset à la mode, quelles que soient la ligne et la mode.

3e Cas : C'est. enfin une femme malade, désanglée, à qui son médecin a ordonné le port d'un corset qui. doit soutenir et même remonter des organes abdominaux qui se sont déplacés.

Dans les trois cas vous tirerez certainement un résultat des connaissances d'anatomie et de physiologie que nous voulons vous enseigner ici pour vous donner plus d'assurance et de maîtrise dans la technique de votre art.

L'anatomie est l'étude des parties qui constituent le corps humain, elle sert de base à la physiologie qui est l'étude des fonctions du corps humain.

Ici les notions d'anatomie et de physiologie applicables à l'hygiène du corset comporteront quatre chapitres.

1er CHAPITRE. — La charpente du tronc qui fait partie du squelette (charpente du corps humain).

2e CHAPITRE. — Les Muscles qui tapissent cette charpente et qui sont les enveloppes qui recouvrent les os.

3e CHAPITRE. — Les organes contenus dans le tronc, leurs fonctions et leur rôle pour maintenir l'équilibre de la bonne santé.

4e CHAPITRE. — L'étude des formes extérieures du corps humain.

PREMIER CHAPITRE

Charpente du tronc

Le corps humain se compose de la tête, du tronc et des membres.

Sa charpente est constituée par des os qui, dans leur ensemble, forment le squelette encore appelé système osseux.

Pour étudier le Tronc dans ses rapports avec le corset il faut d'abord étudier son squelette. Envisagé dans son ensemble on constate qu'il possède en arrière un tuteur, la colonne vertébrale, composée de douze vertèbres dorsales ; de cinq vertèbres lombaires, de cinq vertèbres sacrées et de quatre ou cinq vertèbres coccygiennes.

A la partie supérieure des vertèbres dorsales viennent se rattacher les sept vertèbres cervicales. Grâce à cette colonne de vertèbres superposées, le corps conserve son centre de gravité, parce que cette colonne possède quatre courbures qui n'existent pas à la naissance, mais que le sujet acquiert par la flexibilité de cette tige osseuse.

Ces courbures, si elles sont peu accentuées, demeurent alors dans le domaine physiologique. La courbure des vertèbres dorsales est concave en avant, celle des vertèbres lombaires est, au contraire, convexe en avant et celle des vertèbres sacrées est convexe en arrière, les vertèbres coccygiennes formant le coccyx terminent ces sinuosités en revenant pointer en avant. Il en résulte qu'en regardant ces courbures de profil, on considère qu'elles accusent la forme du tronc dans le sens de la hauteur et d'avant en arrière ; il importe aussi de constater qu'elles contribuent à donner une concavité plus spacieuse à deux boîtes osseuses : en haut le

Squelette du Thorax ou cage Thoracique
Fig. 59.


thorax, en bas le bassin, boîtes reliées en arrière par la colonne de vertèbres lombaires, concave en arrière et dessinant l'ensellure lombaire, plus accusée chez la femme que chez l'homme.

La colonne vertébrale entre ainsi dans la constitution de ces deux boîtes, thorax et bassin ; de plus, des os, différents dans leurs formes et leurs dimensions, vont s'articuler, d'une part, avec les vertèbres dorsales, d'autre part avec les vertèbres sacrées et de par leurs dispositions, le tronc va se diviser nettement en trois étages ou régions.

1re. La région supérieure ou portion thoracique, qui est forniée en arrière par les 12 vertèbres dorsales auxquelles se rattachent les douze côtes de chaque côté, en avant par le sternum auquel viennent s'articuler par l'intermédiaire de cartilages les cinq vraies côtes et les cinq fausses côtes qui s'incurvent d'arrière en avant donnant au thorax la forme d'un barillet aplati d'avant en arrière ; les deux dernières côtes n'ont aucun point d'insertion en avant et s'appellent, de ce fait, côtes flottantes.

2e. La région inférieure ou portion pelvienne, qui est constituée par les cinq vertèbres sacrées qui, soudées entre elles, forment le sacrum auquel les deux os iliaques viennent se souder latéralement pour venir se rejoindre en avant en circonscrivant une sorte de cavité ou plutôt de filière osseuse. L'ensemble s'appelle le bassin ou ceinture pelvienne, la partie antérieure des os iliaques s'appelle les pubis, ils sont réunis par la symphyse pubienne.

3e. La région moyenne ou portion abdominale sépare les deux régions, son squelette est seulement constitué par la tige

Squelette du tronc
Squelette du tronc
Fig. 60.


osseuse des cinq vertèbres lombaires, qui relient les vertèbres dorsales au sacrum.

Ainsi donc trois régions superposées, trois étages constituent le tronc. De haut en bas, le thorax, l'abdomen, le bassin, Schématiquement deux boîtes reliées par une tige.

Il est important de retenir que ces deux boîtes sont plus ou moins rapprochées, et qu'elles ne conservent pas vis-à-vis l'une de l'autre le même écartement. Cette différence dans leurs rapports dépend et varie :

A) Avec le degré des courbures de la colonne vertébrale et par conséquent, avec le degré d'inclinaison du bassin (très individuel).

B) Avec le jeu respiratoire et les différents actes de la digestion.

C) Avec les mouvements que le thorax exécute par rapport au bassin (mouvements plus ou moins étendus de flexion, d'extension, de rotation et de latéralité) selon que le sujet sera débout, assis ou couché.

Les os servent aussi de leviers aux masses musculaires qui viennent s'insérer à leur surface ; d'autre part, ils se creusent des cavités pour protéger les organes contre les atteintes extérieures, aussi la charpente osseuse du tronc doit-elle être considérée comme le soutien des parties musculaires qui la recouvrent, celui de la tête, des membres supérieurs et inférieurs, devenant ainsi des parties essentielles de l'appareil loco-moteur. Cette charpente osseuse est ainsi un appareil contentif des organes thoraciques et des organes pelviens, puisqu'elle les enveloppe en partie et qu'elle sert de points d'attaches à leurs muscles.

En ce qui concerne la protection de la cavité abdominale et plus essentiellement de son contenu, le rôle de la charpente osseuse du tronc est certainement inexistant. Mais la hauteur de la colonne lombaire n'en ménage pas moins celle de la cavité abdominale.

Conclusions. — 1° Il y a trois portions dans le tronc :

2° Le thorax ou partie supérieure doit rester libre de toute étreinte, car il joue un rôle essentiel dans la respiration et la locomotion, fonctions qu'il faut respecter et même favoriser.

3° Les os du thorax (les côtes) peuvent subir, sous une pression continue et excessive, une mécanomorphose nuisible aux tissus et aux organes sous-jacents, surtout au niveau de la partie latéro-supérieure de l'abdomen où se trouvent, de chaque côté, les côtes flottantes qui s'enfonceraient dans les or anes tels que le foie, la rate et les reins, en les lésant, bien entendu, ou en les déplaçant.

4° La portion abdominale du tronc est dépourvue de toute protection osseuse et elle ne doit pas servir de point d'appui au corset.

5° C'est la ceinture ou région pelvienne qui est la portion irréductible du tronc, c'est donc sur elle que le corset doit prendre son point d'appui.

6° Cette région pelvienne ou bassin subit des transformations chez la femme à partir de la puberté (vers l'âge de 12 à 15 ans), elle s'accroît jusqu'à vingt-cinq ans, elle est plus large chez la femme que chez l'homme.