DEUXIÈME CHAPITRE

Les muscles du tronc

Les muscles du tronc entrent dans les fonctions de nutrition et de relation de l'être vivant. Ces considérations énoncées souligneront d'emblée l'importance directe ou indirecte que prend le système musculaire dans les multiples et différents actes de notre vie (fig. 61).

Le muscle est un tissu actif caractérisé par des alternatives de contractions et de relâchement; ils sont tous constitués par un corps et deux extrémités, chacune de ces extrémités a un ou plusieurs points d'insertion. Au moment de la contraction, le corps du muscle s'épaissit en se raccourcissant. En diminuant sa longueur, ses deux points d'insertion se rapprochent, ce qui explique que chaque groupe de muscles, par sa situation respective, jouera le rôle de fléchisseur tandis que leurs antagonistes auront un rôle d'extenseurs.

Ceux qui recouvrent le squelette du tronc sont des muscles â fibres striées, qui se contractent sous l'influence de la volonté. Très nombreux, nous n'allons pas les énumérer ; il y en a de longs, de courts et de plats, ils sont disposés en plusieurs plans.

Parmi les plus profonds, les uns s'insèrent d'une vertèbre â l'autre : ce sont les muscles intervertébraux, favorisant les mouvements de la colonne vertébrale ; d'autres s'insèrent d'une côte â l'autre : ce sont les muscles intercostaux, doués de mouvements restreints, dans leur ensemble ils n'en favorisent pas moins les mouvements d'élévation des côtes et par conséquent du thorax.

Muscles du trone et de la paroi abdominale
Muscles du trone et de
la paroi abdominale
Fig. 61.

Des faisceaux plus puissants réunissent le thorax au bassin, en avant, ce sont les muscles grands droits, sur les côtés les muscles grands obliques, petits obliques et transverses pour constituer la paroi ou sangle abdominale renforcée par des aponévroses et en arrière par le muscle psoas, le carré des lombes et la masse sacro-lombaire. Ils forment la région moyenne ou région abdominale.

2° D'autres muscles plus superficiels recouvrent le thorax, les principaux seront, en avant, le grand et le petit pectoral, en arrière le trapèze et le grand dentelé. Parmi ceux-ci certains ont leur point d'attache, d'une part sur le thorax, d'autre part sur le cou ou sur les membres supérieurs.

A la partie inférieure du tronc se trouvent également des muscles (fessiers et pelvi-trochantériens) qui s'insèrent, d'une part, sur les os du bassin, d'autre part, sur les membres inférieurs.

Ils peuvent physiologiquement être considérés comme muscles locomoteurs ou de la vie de relation, tandis que parmi les autres muscles du tronc se groupent les inspirateurs, les expirateurs et les muscles expulseurs, se rattachant plutôt aux fonctions de nutrition ou végétatives.

Deux muscles à fibres striées entrent aussi dans le système musculaire du tronc (fig. 62).

Le premier est le muscle diaphragme, muscle inspirateur par excellence, les autres n'étant par rapport à lui que des muscles inspirateurs accessoires. Ce muscle s'insère à la partie inférieure du thorax, sépare le tronc en deux régions ou deux étages : l'étage supérieur ou sus-diaphragmatique ou le thorax et l'étage, inférieur ou sous-diaphragmatique ou abdomen.

Diaphragme
Coupe antéro postérieure du tronc
montrant le muscle Diaphragme
séparant la cavite Thoracique de
la cavité abdominale
Fig. 62.

Le deuxième est son antagoniste, on l'appelle diaphragme pelvien ou plancher périnéal. Il doit sa texture à un muscle important, le releveur de l'anus, il ferme en bas le bassi ri osseux et constitue le plancher anatomique des organes situés dans l'excavation pelvienne.

Dans leur physiologie, tous les muscles que nous venons d'énumérer jouent un rôle de fléchisseur ou d'extenseur, d'inspirateur ou d'expirateur, les uns sont antagonistes des autres, ou, s'ils font partie d'un même groupe, s'unissent dans l'action pour se renforcer ou se suppléer.

Une telle association douée d'une telle volonté mérite d'être considérée, respectée et entraînée même. Tout a un but dans la nature humaine, on ne saurait la contrarier sans troubler la solution de grands problèmes vitaux.

Nous nous étendrons plus longuement sur la physiologie du diaphragme lorsque nous parlerons de ses rapports organi- ques; retenons seulement aujourd'hui qu'il abaisse les organes abdominaux, rétrécissant la cavité abdominale et rejetant les viscères vers la paroi abdominale qui se soulève. Les muscles de la paroi abdominale qui, de par leur tonicité, ont pour fonction de maintenir les organes abdominaux en place, sont également expirateurs et expulseurs, ils sont aussi fléchisseurs du thorax sur le bassin : en ce sens, ne l'oublions pas, ils jouent un rôle important contre les atonies intestinales, la constipation et ses conséquences, comme ils entrent dans le jeu du phénomène de l'effort, ils président à tous les actes qui en découlent : toux, cri, miction, etc.

Conclusions. — La tonicité de la paroi abdominale mérite donc d'être sauvegardée, dès le jeune âge ; il faut la considérer comme un moyen de défense de l'organisme. La culture physique est un des meilleurs agents d'entretien de la valeur musculaire ; à côté de ce facteur vigilant, il faut savoir que le corset qui n'entravera aucun mouvement du tronc est un facteur non moins utile, mais rappelons-nous bien que sa coupe, sa hauteur, ne doivent en rien ni annihiler ni entraver l'action musculaire ; a u contraire, ils doivent la faciliter.

TROISIÈME CHAPITRE

Les organes thoraciques et abdominaux

Le tronc contient tous les organes destinés à la vie de nutrition et de reproduction. D'abord la région thoracique antérieure ou région pectorale sert de point d'appui et de suspension à un appareil indispensable pendant la période d'allaitement : lappareil marnmaire situé directement sous la peau de cette région.

Le tronc contient les appareils digestif, circulatoire, respiratoire et urinaire ainsi qu'un certain nombre de glandes endocrines qui iouent, pour leur part, un rôle si prépondérant dans la stabilité de notre santé.

Le corset d'autrefois se souciait peu de toutes ces considérations anatomiques, physiologiques. Il comprimait sans égards le thorax, le ventre et les seins : le premier se déformait en s'arrêtant dans son développement, l'autre était à la torture, quant aux mamelles elles s'atrophiaient comme si là était leur unique rôle.

Cette leçon est destinée:

1° à énumérer les organes qui composent chacun de ces appareils.

20 à les mettre en place.

3° à connaître leurs moyens de fixité, leurs rapports entre eux et avec les parois qui les recouvrent.

Comme nous l'avons déjà dit, le diaphragme divise le tronc en deux cavités superposées.

La première, c'est la cavité thoracique, la deuxième la cavité abdominale.

La cavité thoracique protégée par le thorax possède un plancher : le diaphragme.

Organes contenus dans la cavité thoracique (fig. 63)

L'Appareil pulmonaire occupe la plus grande partie du thorax. Les poumons, organes essentiels de la respiration, sont faits de tissu élastique et c'est dans ce réseau que s'accomplit, sous l'action de l'air atmosphérique, l'important phénomène de l'hématose, c'est-à-dire la transformation du sang qui, chargé d'acide carbonique, vient labandonner pour se charger d'oxygène. Il y a deux poumons, un droit et un gauche. Suspendus aux deux branches de bifurcation de la trachée artère : les bronches, ils communiquent par ces canaux avec l'air extérieur, puisque cette trachée artère communique à son tour avec la bouche et les fosses nasales par l'intermédiaire du larynx et du pharynx.

Les pomons sont enveloppés d'une membrane séreuse appelée plèvre, sorte de sac à doubles parois. Un vide existe entre ces deux parois et les poumons peuvent ainsi changer leur capacité en s'emplissant d'air, se dilater, en emmagasinant jusqu'à trois litres et se vider ainsi quinze à vingt fois par minute. Pendant leur distension, lorsque les deux parois pleurales sont en contact, les feuillets glissent l'un sur l'autre.

Organes contenus dans la cavité thoracique
Fig. 63.

Un autre appareil important a aussi son centre dans le thorax, c'est l'appareil circulatoire ; ce centre est le cœur, avec les gros vaisseaux qui s'y rendent et qui en partent.

Le cœur, organe principal de la circulation, est un muscle creux qui reçoit, par l'intermédiaire des veines pulmonaires, le sang qui s'est oxygéné au niveau des poumons. Il le renvoie, par l'intermédiaire d'un énorme conduit musculaire : l'artère aorte, à toutes les régions de l'organisme, parce que cette artère qui traverse le diaphragme pour descendre verticalement dans la cavité abdominale, en cours de route émet des branches qui, à leur tour, se subdivisent comme les branches d'un arbre : celui-ci constitue physiologiquement l'arbre de la vie.

Inlassablement, le cœur, dans tout le cours d'une existence, plus ou moins longue, se contracte, se relâche au moins soixante fois par minute, il accomplit ces lourdes et incessantes fonctions, couché sur le diaphragme, placé derrière le sternum, devant la colonne vertébrale, dans un sac séreux, le péricarde qui se comporte comme la plève. Le cœur est également situé entre les deux poumons et déprime plus fortement le poumon gauche, dépression qu'on appelle le lit du cœur.

Les poumons à leur base, larges et concaves, répondent aux parties latérales du diaphragme, dôme sur lequel elles se moulent.

Un conduit aussi très important et faisant partie du tube digestif traverse la cavité thoracique et le diaphragme pour se rendre à l'estomac, c'est l'œsophage. il commence au pharynx, chemine en arrière de la trachée artère et des poumons dans un vide que l'on appelle le médiastin postérieur.

Des vaisseaux, des nerfs, des lymphatiques et des glandes siègent aussi dans la cavité thoracique et le tout ainsi que les organes importants que nous avons énumérés, se trouve bien protégé par le thorax, surtout au pourtour et en bas par le diaphragme.

Conclusions. — Rien ne doit immobiliser le thorax. Au moment où les poumons s'emplissent d'air il leur faut un espace plus grand que celui qu'ils occupent avant l'inspiration, rien ne doit limiter lampleur de cette inspiration qui développe la capacité pulmonaire, sans quoi le sujet manque d'air et sa santé court de grands risques. La cage thoracique, grâce aux muscles inspirateurs, va agrandir ses dimensions de plusieurs façons : 1° dans le sens antéro-postérieur ; 2° dans le sens transversal ; 3° dans le sens vertical.

C'est là une des principales fonctions du diaphragme qui s'abaisse en se contractant au moment de l'inspiration et transforme son dôme en une surface Plane.

De plus, pendant ses contractions, le diaphragme a une action sur le tube digestif. Ce muscle est percé de trois orifices où passent l'aorte, la veine cave inférieure et l'œsophage. La contraction n'agit que sur l'orifice le plus postérieur, car celui-ci est constitué uniquement de fibres musculaires.

A chaque inspiration, la portion diaphragmatique de l'œsophage se trouve circulairement comprimée et rien ne doit troubler ce phénomène physiologique et mécanique qui a pour effet d'éviter lévacuation du contenu stomacal, ce qui arriverait sûrement, puisque lestomac lui-même se trouve comprimé à chaque mouvement d'inspiration par le diaphragme qui se contracte en s'abaissant.

Organes contenus dans la cavité abdominale ou abdomen

Nous arrivons aux régions les moins protégées parce qu'elles ne sont entourées que de parties molles.

Afin de pouvoir étudier et situer plus aisément les organes contenus dans la cavité abdominale, on a subdivisé cette dernière en un certain nombre de régions. Pour cela on a d'abord tracé (voir fig. 64) :

1° deux lignes horizontales :

la première passant par les deux épines iliaques supérieures, la deuxième passant au-dessous des fausses côtes.

2° puis on a tracé deux lignes verticales partant du milieu de chacune des arcades crurales (droite et gauche) pour aboutir à la partie externe de chaque mamelon.

Ces lignes ainsi placées circonscrivent 9 régions qui sont : Pour la première zone, l'épigastre au milieu, et de chaque côté les hypocondres droit et gauche, au-dessous, l'ombilic et de chaque côté les flancs droit et gauche, pour la partie la plus inférieure, l'hypogastre et de chaque côté les fosses iliaques droite et gauche.

Chacun de ces noms se rapporte aux. organes occupant respectivement chacune de ces régions.

Cette description, avec l'éducation et l'habitude, deviendra familière aux corsetières et leur permettra, à travers la paroi abdominale, de reconnaître les points de repère anatomiques nécessaires afin de prendre méthodiquement les mesures du sujet à qui le corset est destiné.

Organes contenus dans la cavité abdominale ou abdomen
Fig. 64.

Supposons à présent que nous ouvrions la paroi abdominale, nous y découvrirons des organes extrêmement fragiles et plus ou moins mobiles. C'est d'abord la continuation de ce long canal qui va de la bouche à l'anus, le tube digestif, qui dans sa portion abdominale avec l'action de ses importantes annexes, joue à la fois un rôle mécanique mais surtout chimique dans les actes les plus essentiels de la digestion et de l'absorption.

En haut et à gauche nous voyons la terminaison de l'œsophage, lui faisant suite, l'estomac qui se continue par le sinueux intestin grêle, lequel commence par le duodénum situé à droite, avec sa forme de fer à cheval, oû viennent s'aboucher les canaux excréteurs de deux glandes importantes: le Foie, qui est situé dans l'hypocondre droit, sous le Diaphragme, et le Pancréas, situé derrière l'Estomac.

La suite de l'intestin grêle est caractérisée par de nombreuses circonvolutions ; il se termine à droite dans la Fosse iliaque, en venant s'aboucher dans le Cæcum logé avec l'Appendice, dans cette fosse. Le Cœcum se continue en haut par le Colon ascendant, le Colon transverse et le Colon descendant, cet ensemble formant le gros Intestin qui se termine par l'S iliaque et le Rectum disparaissant dans l'excavation pelvienne.

En somme, un conduit musculaire susceptible de se laisser distendre inconsidérément par des aliments solides et liquides et par des gaz, des glandes dont deux sont annexées au tube digestif ; le Foie qui produit la bile et le glycogène, le Pancréas qui secrète le suc pancréatique, enfin la Rate située à gauche de l'estomac dans l'hypocondre gauche et qui a pour fonction de fabriquer des globules sanguins rouges et blancs.

Tous ces organes mouvementés tour à tour par les différents actes de la digestion n'ont d'autres moyens de fixité que l'æsophage e et les replis du péritoine. Le péritoine est cette membrane séreuse si fragile et pourtant protectrice des organes qu'elle recouvre, qu'elle entoure, qu'elle adosse ou suspend soit à d'autres organes, soit à la colonne vertébrale lombaire ou même au plafond diaphragmatique.

C'est un sac dont une des parois tapisse la partie interne de la paroi abdominale, et dont l'autre paroi (dite viscérale) tapisse les organes abdominaux et même les organes pelviens.

De plus, l'abdomen contient aussi un appareil des plus importants dans la désassimilation, c'est l'appareil urinaire, il est composé des deux reins, l'un droit, l'autre gauche, coiffés chacun de leur capsule surrénale. Chaque rein se continue avec le bassinet, sorte d'entonnoir qui recueille l'urine à sa sortie du rein qui l'a filtrée goutte à goutte, l'uretère fait suite au bassinet, et chaque uretère conduit l'urine dans la vessie, sorte de réservoir où s'accumule une certaine quantité d'urine avant quelle traverse l'urètre pour être expulsée au dehors.

Dans son ensemble, le rôle de l'appareil urinaire est d'éliminer les déchets et les poisons sans cesse fabriqués parl'organisme et que le sang rapporte dans l'intimité du parenchyme rénal. Ensuite il secrète et excrète l'urine, produit essentiel de la désassimilation. L'importance des reins nous oblige à faire remarquer que ces organes situés dans la région lombaire sont maintenus en place dans une capsule graisseuse plus ou moins dense suivant les sujets et la fluctuation de leur embonpoint. Cette capsule ainsi que les vaisseaux qui pénètrent dans le rein et qui en sortent lui servent de moyens de f ixité plus ou moins constant.

Enfin la cavité abdominale contient encore l'aorte abdominale qui fait suite à l'aorte thoracique, et va distribuer le sang nourricier à l'abdomen et aux membres inférieurs, la veine cave inférieure qui rapporte le sang des membres inférieurs et de l'abdomen, elle est aussi le siège du Système, porte des vaisseaux sanguins et lymphatiques et des nerfs très importants dans les fonctions de nutrition.

Conclusions. — Les organes abdominaux que nous avons décrits sont fragiles, qu'ils soient suspendus les uns aux autres par des replis du péritoine, simples voiles extensibles, ou par des vaisseaux, par conséquent mal suspendus pour toujours demeurer à la place qu'ils devraient physiologiquement garder.

D'autre part, protégés simplement en avant et sur les côtés par la paroi abdominale, ils en sont aussi quelquefois mal assistés car, cette sangle musculaire, outre les causes déjà citées, est plus ou moins vite compromise dans sa tonicité par une surdisfension antérieure ou une déchéance précoce.

De plus, les organes les plus importants, foie, estomac et reins, sont situés dans cette région dépressible que l'on appelle le tour de taille. Cette région, entre les côtes et le bassin, expose les organes sous-jacents à être maltraités, exprimés dans tous les sens et comprimés à perdre haleine soit pal certains corsets, soit en servant de point d'appui aux vêtements des femmes qui ne portent pas de corset.

Toutes ces raisons exposées, il nous convient de faire ressortir aux générations présentes et futures que le corset d'aujourd'hui et ceux que l'on fera désormais ne doivent prendre leur point d'appui que sur le bassin osseux, c'est-à-dire la seule partie irréductible du tronc.

Ainsi placé à la portion la plus inférieure du tronc, le corset offrira alors d'autres avantages :

1° Il laissera au thorax toute sa mobilité par rapport au bassin ;

2° Il soutiendra les organes abdominaux de bas en haut et dans certains cas pathologiques, il exercera une pression de bas en haut et les remontera à leur place.

Mais ce corset tout en dépassant de deux travers de doigt le tour de taille ne doit exercer aucune striction autour des côtes flottantes et ne doit pas immobiliser l'épigastre pas plus du reste que le soutien-gorge, indépendant de lui et destiné à maintenir seulement les seins.