QUATRIÈME CHAPITRE

Études des formes extérieures du corps humain

Pour compléter les connaissances d'anatomie et de physiologie élémentaires que nous jugeons indispensables à toute personne appelée à fabriquer le corset, il convient aujourd'hui d'entreprendre l'étude des formes du corps humain. Celle-ci nous apparaît non moins intéressante que les chapitres qui l'ont précédée, car si le corset est destiné de prime aboid à soutenir certaines parties du tronc, il est toujours appelé à le mouler.

Cependant les précédentes leçons nous préparaient à cette dernière dans leur étude du squelette, des muscles et des téguments qui les recouvrent, ainsi que dans celle de la situation des organes. Cet ensemble de connaissances simplifie considérablement cette dernière leçon et va rendre plus accessible les détails qu'elle comporte.

Vous savez, tout au moins en pratique, que dans vos ateliers il y a des mannequins et des modelages représentant des bustes différents et si vos maîtresses et vous-même créez différents patrons, c'est plus pour qu'ils répondent aux différents types féminins qu'à des goûts multiples.

Cependant, malgré la différence de taille, de poids, de ligne, chaque individu obéit à des lois de proportions qui ont été établies : d'une part par les artistes, par les médecins, et enfin par les anthropologistes.

Ici, nous serons simple pour mieux nous faire comprendre et pour vous dire surtout ce qui doit vous servir. Nous étudierons :

1° plus particulièrement le nom des contours du tronc ;

2° les mesures et proportions du corps ;

Les contours du tronc, sont caractérisés par des saillies et des dépressions. Les saillies dépendent :

A) des courbures du squelette ;

B) des saillies des muscles ;

C) de l'épaisseur du tissu graisseux:

Les dépressions sont plus marquées s'il y a des saillies et surtout si le sujet n'est pas trop gras.

Le statuaire antique nous montre que le tronc représente un ovoïde à grosse extrémité supérieure, mais déjà nous remarquons que cette extrémité paraît moins grosse chez la femme que chez l'homme, parce que le bassin de la femme est plus large. Cette partie supérieure, vue de face, répond, de chaque côté, aux épaules dont la saillie est marquée par le muscle deltoïde, au milieu se trouve la poitrine qui correspond aux muscles pectoraux recouverts de chaque côté du sternum par les glandes mammaires ou seins. Au-dessous, l'abdomen, à son tour divisé en ses neuf régions déjà décrites (voir fig. 64).

Sous les côtes, existe un rétrécissement plus marqué chez la femme que chez l'homme et plus accusé autrefois par le port du corset, c'est le four de taille.

A cette dépression correspond immédiatement une saillie dessinée de chaque côté parles ailes des os iliaques, ces saillies. se nomment les hanches. Toujours au niveau de l'abdomen on voit aussi, juste au pubis, un pli transversal séparant le ventre du bas ventre : c'est le pli crural ; un autre le sépare de chaque côté de la cuisse : c'est le pli de l'aine.

Vue de dos : Au milieu et en haut on voit une dépression qui fait suite à la nuque existant entre les deux épaules: Sous chaque bras, c'est le creux de l'aisselle.

La région dorsale correspond au thorax légèrement convexe en arrière, au-dessous se dessine une cambrure plus ou moins accusée correspondant à la région lombaire ou lombes qui surmontent la région fessière ou fesses, caractérisées par des saillies plus ou moins arrondies et formées par les trois muscles fessiers qui recouvrent la convexité sacrée.

L'ensellure lombaire est encore plus marquée de profil, elle est due également à l'inclinaison du bassin et à son élargissement qui se manifestent chez la femme au moment de la puberté.

Plus près de l'idéal que de la réalité, les artistes ont imaginé un type féminin composé suivant les règles qu'ils appelaient et appellent encore canons artistiques, et mesurent les segments du corps à l'aide d'un module ; mesure, prise parmi les parties du corps, paume de main, médius, hauteur de la tête. Ce dernier a prévalu sur les autres.

La hauteur totale du corps serait ainsi divisible chez un normal (femme adulte et jeune) en 7½ ou 8.

Donc un corps sain, régulièrement construit, présente des proportions harmoniques qui dépendent pour les artistes de la beauté, pour les médecins et pour les physiologistes de l'hygiène corporelle qui équilibre la santé.

Chez un sujet de taille normale le milieu de la hauteur totale passera par le pubis. Mais il existe des sujets disproportionnés et chez ceux-là la hauteur totale passera au-dessus ou au-dessous du pubis, les uns auront une grande taille soit par excès de longueur des membres inférieurs, soit par excès de longueur du buste, d'autres auront une petite taille soit par brièveté du buste soit par brièveté des membres inférieurs.

Ce qui vous intéresse surtout ici c'est le buste, il faut donc que vous reteniez pour votre pratique, qu'un sujet au long buste paraîtra grand lorsqu'il sera assis et qu'un sujet court de buste dans cette même position paraîtra petit: Pour conclure, une corsetière devra toujours faire asseoir sa cliente pour apprécier la hauteur de son buste en dehors des mensurations faites â l'aide du centimètre.

La longueur totale du corps se mesure à la toise. Les tailles de femmes ont été classées en 4 catégories, la grande taille au-dessus de 1 m. 58; la taille moyenne de 1 m. 54 à 1 m. 57, la petite taille de l m. 50 à 1 m. 53, et les tailles inférieures à 1 m. 49.

Mais ce qui vous importe surtout de connaître ce sont les proportions qui existent entre les différentes mensurations prises sur le tronc, pour cela nous allons les énumérer.

Il résulte des concours que je vous ai signalés que le tronc présente une grande largeur répondant aux épaules, une un peu moins large répondant â la base inférieure du thorax, un autre diamètre correspondant aux hanches.

La largeur des épaules ou diamètre bi-huméral varie entre 42 et 36 cm. chez l'homme, 40 et 32 chez la femme.

La largeur des hanches passe en haut par le diamètre biscrête et en bas par le diamètre bis-trochantérien, à l'avis de Sappey, la largeur des hanches n'excède jamais celle des épaules, mais celles-ci sont plus larges chez la femme (32 cm. 3) que chez l'homme (31 cm. 3).

En tout cas la largeur des hanches n'a pas l'amplitude que lui prête le public et même certains médecins: Plus perspicaces, d'autres auteurs nous font remarquer que la manière de voir les hanches ne s'est pas formée sur l'aspect du nu qui serait à leur sens une manière de voir absolue, tandis que la manière de voir est relative, créée par certaines coupes de corset qui serraient la taille au-dessous du thorax et faisaient ressortir les ailes iliaques en donnant au tronc cette forme de violon qui caractérise les femmes du moyen âge aucommencement de la renaissance allemande (Jayle).

Dépourvu de ces parties molles, le bassin osseux présente également une différence dans ses diamètres transverses. C'est ainsi que le diamètre bis-iliaque mesure 24 centimètres, le diamètre bi-crête 28 centimètres et le bis-trochantérien 32 centimètres.

Le diamètre thoracique inférieur varie entre 18 et 22 centimètres.

Ces notions ainsi exposées, comme il est d'usage dans la pratique des corsetières de prendre les mensurations par des circonférences, voici celles que nous voudrions voir relever à condition d'en reconnaître les points de repère.

A) Circonférence bis-trochantérienne (passe en avant par le pubis).

B) Circonférence bis-iliaque (10 centimètres plus haut que la précédente),

C) Le tour de taille.

D) Circonférence thoracique inférieure (au-dessus du tour de taille).

Les circonférences pelvi-trochantériennes se trouvent tant soit peu modifiées par la station assise, d'où la nécessité absolue d'essayer le corset abdominal le sujet étant debout, puis assis.

Les formes du corps sont encore sous la dépendance de différentes influences qui créent des types féminins très divers. C'est ce qu'a si bien développé le Dr Jayle dans son magistral ouvrage intitulé : L'Anatomie morphologique de la femme.

Dans une description qui lui est personnelle il nous simplifie la tâche en nous présentant la classification suivante.

Le type long : svelte et élancé ;

Le type court et trapu ;

Le type rond.

De cette division nous devons déjà retenir un fait très important, le tronc chez chacun de ces individus est en rap- port avec le type auquel il se rattache et d'ordinaire il est le plus touché. Ceci, au pis aller, pourrait nous suffire, mais nous trouvons intéressant d'entrer dans le détail des causes en éliminant les déformations osseuses, dues au rachitisme, aux déviations rachidiennes, etc.

En dehors de ces types, il peut naître d'autres différenciés par l'abondance ou l'absence de la graisse. Ce sont des types maigres ou des types gras, â ces derniers nous rattacherons des causes multiples où priment l'hérédité arthritique, le sédentarisme, les erreurs alimentaires etc.... etc...

Retenons surtout les types gras. Ceux-ci fourniront des préoccupations aux corsetières et aux orthopédistes, mais ils leur offriront un grand avantage. Si les sujets maigres croient pouvoir se dispenser du corset jusqu'au jour où celui-ci leur devient indispensable, les sujets gras, plus encore par esthétique que par thérapeutique, ne peuvent s'en passer.

Dans certains cas ces sujets gras se rattachent au type trapu, leur graisse s'est généralisée sous la peau, par conséquent le thorax en est recouvert. Dans d'autres cas la graisse, au contraire, se localise ; ces points de localisation ont été étudiés par le Dr Jayle qui les appelle des steatomes. Ceux-ci sont au nombre de sept et apparaissent le plus souvent dans l'ordre suivant.

Le relief fessier ; 2° la masse pré-pubienne ; 3° le relief abdominal ; 4° la masse de la région mammaire et thoracique ; le bourrelet graisseux des flancs et des lombes ; 6° les brachiaux, recouvrant surtout les deltoïdes ; 7° les bourrelets du cou (nuque et sous-maxillaire) ; 8° la masse superointerne des cuisses.

En ce qui concerne l'embonpoint, les causes, souvent, se superposent et celui-ci devient aussi un des apanages de l'âge mûr.

Mais l'âge a également une influence sur les formes du corps, sur la hauteur de la taille et sur la sveltesse. La vraie taille, a-t-on dit, est celle que l'on possède de 25 ans à 40 ans: tel individu mesurant dans cette période 1 m. 57 par exemple, à 45 ans commence à se tasser et présente une taille de 1 m,56, à 50 ans il ne mes ure plus que 1 m. 53, à 60 ans 1 m. 51 et s'il arrive jusqu'à 80 ans 1 m. 50.

C'est la raison pour laquelle on considère morphologiquement chez la femme cinq périodes, celle de nulliparité, de parité, de ménopause, de vieillesse et de sénélité. Si à travers ces différents âges, le tronc et surtout la paroi abdominale changent, l'un dans sa forme et dans son attitude, l'autre dans sa consistance et dans sa résistance, c'est qu'en dehors des complications adipeuses survient peu à peu une cause importante qui s'installe, cette deuxième influence est constituée par les ATONIES MUSCULAIRES chez certains sujets que nous appellerons aussi des asthéniques ou bien encore simplement des désanglés, suivant que la déchéance aura touché les muscles du tronc ou simplement ceux de la paroi abdominale.

Ces sujets-là sont alors tassés, affaissés, l'axe de leur corps, en ayant le même point de départ, qui est le sommet de la tête, aboutira au niveau des orteils, tandis que chez un sujet normal, il passera seulement en avant de l'articulation tibio- tarsienne (Dr Chauvois).

Le désanglé est le plus, souvent frappé d'une ptose, d'une descente des organes abdominaux, il traîne sa neurasthénie et ses misères, il trouvera des palliatifs à son état, mais c'est surtout un corset abdominal bien adapté et spécialement construit qui remédiera immédiatement à son mal, et c'est pourquoi nous signalons ce cas fréquent.

Voici des notions d'hygiène qui nous apparaissent indispensables à l'introduction de l'étude du corset, afin de donner à ceux et à celles qui s'y consacrent, l'autorité nécessaire pour créer des appareils qui répondront à tous les âges et à toutes les fonctions physiologiques, voir même sociales, de la femme.

Si mes arguments ont porté, vous voilà convaincus de l'importance de votre rôle d'hygiénistes. Ce sentiment, désormais, dirigera vos travaux, vos idées domineront la mode, et, plus indépendants parce que conscients de vos responsabilités nouvelles, vous la subirez beaucoup moins.

Vous chercherez surtout — et vous m'avez tous compris — à donner au corset la place qu'il mérite en l'adaptant davantage aux formes et aux fonctions du corps, en ménageant la santé, celle-ci créant une beauté spéciale faite de cette énergie qui décuple la force, engendre les initiatives et la bonne humeur, sources d'une vie longue et heureuse.

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