DE L'ORIENTATION PROFESSIONNELLE

I. — QUE RÉSERVE L'AVENIR

A NOTRE FILLE ?

Grave question que se posent les parents et principalement la mère, lorsque la fin des études approche et que la fillette devient jeune fille.

Question d'autant plus grave que les événements de ces dernières années ont fait ressortir, d'une façon plus impérative encore, le rôle qu'aura à remplir la femme ou la mère dans l'avenir.

Or, y a-t-il dot plus belle ou capital moins inattaquable que la possession d'une profession, ou que le travail manuel doublé du travail intellectuel.

Avec raison la mère décide, en général, sa jeune fille pour son métier. Guide éclairé et bienveillant, elle lui fait profiter de son expérience, de ses connaissances acquises, tout en continuant son rôle d'éducatrice.

Mais souvent aussi, jusqu'ici, la mère n'avait pas eu ce même souci de l'avenir tel qu'il se pose actuellement ; ou, d'autre part, sa santé, une famille nombreuse ne lui avaient pas permis d'ajouter à sa lourde tâche de la conduite de son intérieur, un travail supplémentaire d'éducation. Dans d'autres cas les aptitudes physiques ou intellectuelles contreindiquaient la jeune fille pour la profession de sa mère. Il fallait donc recourir à une profession qui, tout en permettant d'apporter un concours au budget intérieur, n'obligeait pas, ou à un labeur au-dessus des forces du sujet, ou à un travail à exercer continuellement hors du foyer.

Le métier de corsetière est l'un de ceux qui répond le plus aux indications données ci-dessus.

POURQUOI ?

II. — APTITUDES PHYSIQUES NÉCESSAIRES POUR LE MÉTIER DE CORSETIÈRES

Constitution Générale: Normale

La taille n'a pas d'importance, la force musculaire n'entre pas en ligne de compte, une bonne sauté et une vue normale sont nécessaires. Le métier de corsetière n'implique pas de conditions spéciales de l'ouïe ni du toucher. La souplesse des doigts, la dextérité, le goût à juger des teintes s'acquièrent rapidement pour toute jeune fille attentive. C'est un métier assis,

III. — APTITUDES MORALES ET INTELLECTUELLES

Ce sont celles qui sont utiles dans toute la vie. Par sa bonne conduite, par son bon caractère, toute jeune fille ayant atteint à l'école un développement intellectuel normal, deviendra rapidement une bonne ouvrière.

Consciente de sa responsabilité personnelle, elle prendra soin aux marchandises qui lui sont confiées. C'est dans la confiance et la collaboration mutuelles que réside toute la force d'une entreprise, si modeste qu'elle soit.

Nous demanderons tout spécialement à la future corsetière : une attention et une mémoire normales avec un certain sens artistique, doublé d'une imagination saine ; le sens et la mémoire des formes, de bonnes notions de dessin et de géométrie (droites et courbes) le sens de l'ordre et par-dessus tout conscience, honnêteté, politesse et affabilité.

Parallèlement à l'apprentissage, il est nécessaire que la corsetière continue à s'instruire. Soit comme petite main, ouvrière, contremaîtresse ou patronne, il y a à tenir des comptes de main-d'æuvre, de fournitures, des fiches pour les ouvrières, il y a des prix de revient à établir : une bonne écriture, une sûreté de calcul rendront donc de grands services.

IV. — DES AVANTAGES DE LA PROFESSION

L'apprentie touche un salaire journalier dès le début, lequel va en augmentant d'année en année.

On peut considérer que les accidents de travail sont, pour ainsi dire, nuls. De plus en plus, l'électricité devenant d'un usage plus répandu, grand nombre de machines à coudre marchent au moteur; la lumière au gaz est remplacée par l'électricité moins fatigante pour la vue.

L'âge de 15 ans est celui qui est préférable pour commencer l'apprentissage.

Spécialités : Coupeuse, Mécanicienne, Garnisseuse, Finisseuse.

La profession est agréable, car elle demande de l'intelligence et un certain goût. L'ouvrière capable et sérieuse est toujours recherchée, et assurée d'une situation stable et bien rémunérée.

A côté du salaire journalier, il est possible à l'ouvrière de faire chez elle quelques corsets, pour ses parents, amies et connaissances, ce qui est un appoint très appréciable pour le mieux-être de l'intérieur.

Par la suite, établie à son propre compte, la corsetière pourra vivre dans son intérieur, élever ses enfants tout en exerçant son métier d'autant plus facilement, d'ailleurs, qu'il ne nécessite pas de capitaux importants, ni de longs crédits, et qu'il est possible de s'adjoindre ou petites mains, ou ouvrières pour le cas où les exigences du travail le com- mandent.

V. — L'APPRENTISSAGE

A. — A l'école

L'apprentissage se fait différemment, soit que l'on habite ou non une grande ville. Dans le premier cas, tout un choix de moyens s'offre aux futures apprenties.

1° Si les parents peuvent donner deux ou trois années de temps aux enfants, — il se fera dans des écoles profes-sionnelles, écoles où la bienveillante initiative des directrices a fait joindre aux cours de mode et de couture, celui de corsets. Tous ces cours sont confiés à des professeurs dévoués, connaissant à fond leur sujet, ce qui permet aux élèves attentives un développement complet dans le sens choisi. Tout ce qui concerne le métier est parfaitement enseigné, puisque n'étant pas pressé par un besoin de livraison immédiate, comme cela est le cas dans le commerce, on peut laisser à l'enfant plus de temps pour exercer son goût et ses aptitudes. Parallèlement à son apprentissage, l'élève continue ses études, ce qui est précieux, si elle veut plus tard s'établir, car alors elle aura, si elle ne veut pas la faire faire, toute une petite comptabilité à tenir : comptabilité d'entrée et de sortie de ses marchandises, prix de revient à établir avant de fixer le prix de vente, tout cela en tenant compte des prix de fabrication, main-d'æuvre, frais généraux, changes divers, etc... On lui enseigne, de plus, presque toujours, surtout depuis quelques années, des notions d'anatomie en rapport avec son métier : direction des muscles, emplacement exact des organes à respecter, toutes connaissances utiles au cas où, plus tard, elle serait appelée à créer des modèles aisément réalisables.

Comme nous le voyons, celles qui le peuvent ont intérêt à avoir recours à ce premier enseignement.

B. — Dans le commerce

Dans ce cas l'apprentie a l'avantage de toucher un salaire dès le début.

Chez une bonne corsetière la jeune fille peut apprendre aussi bien, car si cette jeune fille a intérêt à être attentive à tout ce qui lui est démontré par une patronne, première, ou ouvrière, suivant le cas et les ateliers, ces personnes ont, elles aussi, besoin d'un sujet attentif, et elles s'y intéressent d'autant plus qu'elles voient ce sujet respectueux des marchandises qui lui sont confiées.

La jeune fille développe son esprit de compréhension ; l'employeur, poussé, d'une part, par la bonne volonté de l'apprentie, de l'autre par les nécessités de son travail, en fait, d'autant plus vite, une bonne ouvrière. Il lui enseigne ce qui lui est nécessaire à la connaissance complète du métier. Deux années d'apprentissage sont nécessaires, pendant lesquelles le salaire va en augmentant suivant les capacités acquises.

L'importance de la maison choisie ne doit pas être le seul critérium pour le choix. Une jeune fille, commençant, dès l'âge de quinze ans, son apprentissage dans une petite province, peut tout aussi bien connaître à fond son métier, nous n'osons pas dire mieux, que dans certaines grandes maisons, où le système de spécialisation est employé. Dans ce cas ce n'est plus qu'une branche de métier qui lui est enseigné ; ces branches sont, d'ailleurs, classées comme suit : coupeuse, mécanicienne (celle-ci en deux classes : 1° assemblage du corset, 2° pose de rubans intérieurs), baleineuse, éventailleuse, garnisseuse, finisseuse.

Cependant, nous ne saurions trop lé redire, là où la jeune fille manifeste, par sa docilité, son désir d'apprendre, nous sommes persuadés qu'elle arrivera au but.

Répétons que, pour s'établir, peu de capitaux sont nécessaires, puisque avec une machine à coudre, une machine à poser les æillets, une machine à ferrer lés lacets, une paire de ciseaux, un centimètre, des crayons, un tout petit crédit, sa bonne volonté, tout cela doublé de son savoir, l'ouvrière habile peut commencer pour son compte et redisons que partout, à l'atelier ou chez soi, c'est un métier rémunérateur.

VI. — QU'EST-CE QU'UN CORSET ?

On donne souvent cette définition : c'est un assemblage de pièces de différentes formes, taillées dans divers tissus employés soit en droit fil, soit en. biais. Le corset est plus et mieux que cela: c'est une véritable source d'activité nationale, et la liste des matériaux qu'on emploie pour sa fabrication en fait preuve.

Tissus : ceux-ci se répartissent en tissus de coton ordinaire, tissus coton mercerisé; tissus fil et coton, tissus coton et soie, tissus tout soie ; chacune de ces catégories se divise elle-même en tissus, ou brochés ou façonnés, ou brodés, unis, satin, coutil, batiste, armures, ajourés, tulle.

Ils sont légers et minces et sont dénommés, en général : Batiste, Armures, Étamines, Nansouck, Gaze.

Ils sont lourds, forts ou épais, on les appelle brochés ou coutils, suivant qu'ils sont avec dessins ou qu'ils sont unis. Ils ont, suivant les genres, un grain de toile, un grain de fougère ou un grain de satin.

On peut aussi les classer, suivant leur emploi, en corsets de fatigue, corsets journaliers, corsets de luxe. La situation de l'acheteur, le climat, ou la température permettraient également une classification.

Pour faciliter la liberté de tous les mouvements, pour donner les lignes onduleuses exigées par la mode, ou pour aider les personnes au corps sensible, l'on utilise également des tricots mélangés de coton ou en coton et soie et de gommes élastiques dénommés suivant les genres : tricots élastiques, ou tissus vulcanisés ou tissus élastiques.

Pour les mêmes cas l'on emploie également des tricots sans gommes ; ceux-ci sont également en tout soie, ou coton et soie, ou tout coton, ils sont plus ou moins épais, forts, minces, ou souples, suivant qu'ils sont à utiliser pour le corset, la ceinture, ou le soutien-gorge.